Mouche Club de l'Orléanais

Calendrier activités

02 Mai 2018
20:00 - 23:00
Séance de montages
16 Mai 2018
20:00 - 23:00
Séance de montages
19 Mai 2018
00:00
Sortie rivière
19 Mai 2018
00:00
Sortie rivière
19 Mai 2018
00:00
Sortie rivière

Idrijca 2010

Note utilisateur: 0 / 5

Etoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactives
 

Le choix de l'emplacement pour le coup du soir est délicat.

Notre guide ne se souvient plus très bien desemplacements connus une décennie auparavant. La nature a repris ses droits. Il est établi d'un commun accord de stationner près du pont de singe : le plus grand de l'Idrijca. Zut! des Gardois sont déjà en place en ce lieu. Il y a de la place pour deux véhicules sans problèmes. Le chauffeur, sort de la voiture et nous dit que trois de ses comparses sont déjà en place en contrebas. Lui, ne pêche soit disant pas, -on le retrouvera au bord de l'eau en fin de soirée - et essaie de nous dissuader de pêcher le coin. Nous ne nous laissons pas intimider par ces vieilles techniques d'un autre âge, la rivière est large : il y aura de la place sans problèmes pour sept pêcheurs en s'étalant le long des rives. Nous traversons le pont de singe; ce dernier est solide pour nous,mais peu rassurant pour les véhicules; pourtant les slovènes n'hésitent pas a s'y aventurer comme je le constaterai plus tard.

 

Thumbnail image 

Pascal me place sur un grand lisse. En descendant près de la rivière il aperçoit un gobage et n'hésite pas a l'attaquer d'emblée : deuxième passage :elle monte, elle est ferrée et est déjà au bout du fil dans la main de mon ami,fin limier : c'est une truitelle de vingt centimètres.

 

Pascal me laisse toute la place à cet endroit et descend la rivière encontrebas de la cassure.

 

J'aperçois deux gobages, je m'empresse de me déplacer. Je dois faire le héron car elle a sentit mon mouvement. Dix minutes après elle remonte, je lui présente mon “cul de canard” et elle n'hésite pas a l'engamer. C'est une truite identique a celle de Pascal. Il y en aura deux autres de la sorte.

 

Je pêche dans la fin de la coulée de nourriture, je remonte la veine nourricière pour aller chercher le plus gros modèle. Arrivé à quinze mètres de la cassure, j'aperçois un poisson qui se nourrit avec discrétion par succion sur l'eau. J'hume la belle tant attendue. L'heure avance : je ne change pas ma mouche. La voilà déjà dans la veine de courant au milieu des bulles nourricières. Le poisson gobe mais dix centimètres à droite de ma mouche comme pour me narguer. Arraché lancé; M.... je suis beaucoup trop à droite. Je fouette avec application; cette fois ça y est , mon cul de canard avec indicateur passe directement dans la ligne de courant,là où est le poisson. Rien, pas de mouvement. Je repasse : idem. Rien. Et puis si, toujours pour me contrarier, la voilà, maîtresse de l'onde et de son repas, elle me dessine la plus belle ellipse qui soit en surface. Je décide de changer ma mouche. Bruno m'a tant vanté son petit no hackle en chevreuil, qu'il est déjà parti, là où elle se repaît. Même cinéma elle monte, ma mouche est déjà passée. Elle monte et plonge. Cette fois j'ai bien vu son dos et sa caudale. Elle est belle, sa largeur dépasse certainement mon empaumure.

Thumbnail image

 

Deuxième montée, deuxième caudale, je fais le héron et saisis ma boite de “sèches”. Elle se nourrit à fleur d'eau juste dessous la surface. Difficile de savoir ce qu'elle avale. Je décide d'accrocher un “spent “:couleur roux. Ailes en fibre insubmersibles. Ma mouche, figurative d'une éphémère morte, vole pour la dernière fois et tombe directement un mètre en avant de la veine de courant. Je ne la vois déjà plus, ailes insubmersibles ... tu parles.... mon fil contourne le gros caillou, normalement ma mouche suit... elle talonne mon noeud, je la sens derrière au bout de mon fil, elle arrive en sortie de cassure là où elle doit être... je la vois, elle monte et sa dorsale replonge. Je lève mon scion sans précipitation. Euphorie intérieure. Elle est aubout. et déjà elle tire comme une folle; ma canne “Sage” est pliéecomme le roseau mais ne rompt pas.

Thumbnail image

Canne haute! Bordel! j'entends les recommandations de Serge de l'an passé et j'applique.Elle se sent bridée. Elle accélère et donne un coup de queuephénoménal. Elle est déjà à trente mètres de moi dans le lisse où j'étais immobile voilà une heure. Le fil est tendu et je la ramène par tractions progressives en prenant soin de rembobiner au maximum. Je ne l'ai toujours pas vu : elle devine mes pensées, bondit hors de l'eau une fois, deux fois. Mon fil, mes noeuds!!..,j'ai un mauvais pressentiment. Elle est belle superbe. C'est un beau poisson bien gras, vif, une lutteuse de première. Le pugilat continue, mais je flaire la casse... elle décide de me montrer qui est le maître des eaux. Pour la nième fois, la chandelle est immense, vertigineuse, royale, je la mesure des yeux. Elle brille des deux faces, fait le saut de l'ange...... c'est fini je ne la sens plus, ne la voit plus; je vagit intérieurement, crie, hurle regrette déjà. Elle se débarrassera sans doute facilement de l'hameçon sansardillon en se frottant le museau contre la pierre de son choix. M..., toujours pareil, la casse s'est faite au niveau de mon noeud, entre le douze et le dix centième.... pourtant le noeud de chirurgien me connais bien et je le triple à chaque fois. Je m'en veux, mais suis tout de même fier de mon coup de ligne et de mon choix. Elle a gagné sa liberté, méritante, et ne peut être qu'admiratif, quand bien même aurait elle su qu'elle était graciée d'office....

 

Une autre a repris sa place et reproduit le même scénario. cette fois il ne faut pas me la faire. Ce sera le même lancer avec la même mouche mais avec un nylon de plus gros diamètre : douze centièmes. Ça ne rate pas. Même montée, même descente, dorsale puis caudale. Scion vers le ciel, les gestes sont les mêmes.... la truite au bout du fil. Elle est moins grosse mais tout aussi combative et a peu de chance car le pêcheur a en tête le fruit de son expérience récente. Elle est dans l'épuisette, essoufflée, exsangue, et me voit contraint de la réanimer avant de la libérer : un beau poisson tout de même de quelques quarante centimètres.

Thumbnail image

 

Je n'ai jamais cherché les records tant bien même si le beau poisson flatte et fait plaisir. Le nombre pas plus n'est glorifiant, surtout en sachant que tout pêcheur est forcement hâbleur ou tout au plus fanfaron: la pêche est un tout....La lumière, l'eau, la nature environnante, le chevreuil qui boit à côté de vous, le petit canard qui remonte le courant, l'odeur de l'aube, la saveur du crépuscule,les ronds dans l'eau des poissons ou de la pluie vous enchantent et vous séduisent.Il fait sombre, la nuit est proche: je renouvelle mes lancers dans la mêmedirection et ferre en aveugle sur ce que je crois être un remous. Je suis étonné,surpris d'avoir piqué un autre poisson car je n'y vois plus rien. Il est libre: je décide de remonter en direction de la berge, je m'ébroue dans le pré et vais à la rencontre de mes compagnons. Du pont de singe je les aperçois ou plutôt les devine; ils remontent aussi en direction de la voiture et des antipastas salvatrices de nos dépenses énergétiques... demain sera un autre jour.

Luc P

Thumbnail image